Par
Mathis Launay
Publié le
Derrière les pierres silencieuses de l’église de Saint-Jean-Pierre-Fixte (Eure-et-Loir) se cache un secret que peu aurait pu deviner. De l’extérieur, rien ne trahit la moindre singularité. Cet édifice religieux est comme tant d’autres, modeste et discret.
Pourtant, en poussant la porte, dans la tour du clochersur découvre une histoire hors du commun : celle d’un lieu de culte qui a aussi été un lieu de vie. Presque dissimulé dans la structure même du bâtiment, un logement avait été créé au cours du XIXe siècle. Un véritable trésor architectural.
Une construction d’un logement dans la tour de l’église en 1843
Mais avant d’y entrer, faisons d’abord un grand lien dans le passé pour mieux comprendre son origine. Une longue histoire puisque la nef et le chœur de l’église datent du XIe siècleavant qu’une tour et un clocher soient ajoutés en 1622.
Il s’agit en réalité d’une deuxième tour car la première, établie de septembre à novembre 1619, s’était écroulée peu de temps après, en janvier 2020la faute à des fondations réalisées sur un sol spongieux. Son clocher devient alors le symbole permanent de l’identité communaleau regard d’un habitat dispersé.
La construction d’un logement dans la tour de l’église n’intervient qu’en 1843suite à un événement local : longtemps réunie à celle de Trizay, la paroisse de Saint-Jean-Pierre-Fixte a acquis son autonomie cette année-là. Mais sans presbytère sur la commune, il a fallu user d’imagination et innover pour héberger l’abbé Vidal.
La cuisine au premier étage de la tour
Mais ce robuste curé de campagne, également menuisier et ancien compagnon du Devoir, a décidé d’aménager son presbytère directement dans la tour du clocher.
Il commence alors par un escalier étroitpas beaucoup plus large que la largeur des épaules. « Je précise toujours, il ne faut pas être claustrophobe », commente Jean Trouillardconseiller municipal et la mémoire de la commune.

Au premier étage, la cuisine-salle à manger « avec un potager, pour réchauffer les potages à feu doux, note l’élu. C’est en quelque sorte l’ancêtre de la gazinière». On y trouve également deux pancartes, une table, une seule chaise et de quoi se soutenir.
Tous les objets sont des dons des gens de la commune et du papa de Jean. Puis on a refait une mise en scène.
Quant à l’éclairage, il ne se faisait à l’époque qu’avec une bougie et deux vitraux.
Le servant avait même aménagé un petit local pour la toilettepas plus grand qu’un mètre carré.
Les décisions municipales votées dans l’église
Au deuxième étage, il s’agit de l’ancienne mairie.
Jusque-là, certaines fonctions communales étaient exercées dans l’église elle-même où les habitants se rassemblaient à l’issue de la messe pour délibérer de problèmes d’intérêt général.
Mais l’aménagement de la tour en presbytère a permis l’implantation de la mairie en ce lieu. Ici, un drapeau français, un fanion tricolore sur un mur et plusieurs pancartes et étagères. « Chaque recoin était optimisé ».

Il faut dire que cette notion était plus qu’importante, chacune des pièces mesure moins de 9 mètres carrésutiles.
Cet étage servait de bureau, de salle de conseil, de salle de mariage… Alors, il ne fallait pas une grande famille, ou alors certains devaient rester dans l’escalier lors de la cérémonie. Sapristi !
Tout se déroulait ici jusqu’en 1956date de la réalisation de l’actuelle mairie.
La chambre à coucher au troisième étage
Enfin, au troisième étage, l’abbé Vidal avait agencé sa chambre à coucher. « C’était sportif tous les jours pour aller jusqu’à son lit », s’amuse l’édile. On y voit un lit, une table, une chaise, un petit poêle, « et on a retrouvé un vêtement de l’époque en feutre appartenant à l’abbé ».

Ici, le plafond est plus haut et la pièce se trouve juste en dessous du clocher de l’église .
À chaque étage, la municipalité a également ajouté un descriptif de la pièceainsi des photos avant et après la restauration des lieux.
Il ya une quinzaine d’années les planchers étaient vermoulus, alors on avait refait ça et les enduits. On avait été bien subventionné à l’époque.
Un logement transformé en Airbnb ?
Depuis 1897 ce logement n’est plus habité. Cette année-là, la municipalité considérait que le presbytère n’était pas « commodement habitable», et avait demandé l’autorisation de loger le desservant à Nogent-le-Rotrou, une commune voisine.
Pour autant, Saint-Jean-Pierre-Fixte reste très attaché à cette particularité présente dans son église, comme en témoignent les récentestravaux de restaurationet la mise en scène.
Je pense qu’on peut en faire un Airbnb, c’est sûr que ça cartonnerait ! Une nuit dans une église, vous imaginez ?
Une bonne blague évidemment…
Mais pour les curieux, l’édifice est ouvert chaque année lors des Journées du patrimoine. « On peut également l’ouvrir sur demande, notamment l’été lorsqu’il ya des balades en calèches dans la commune ».
Un véritable trésor qui ne demande qu’à être vu tant il est atypique.
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